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Rafale F5 : la France doit tout décider avant décembre
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* Ce que ces commandes doivent produire
* Thales décroche le radar au nitrure de gallium
* SPECTRA confié à Thales et MBDA, en numérique
* Safran obtient le moteur, Dassault émet des doutes
* Toutes les commandes finissent chez Dassault
* MBDA a signé le missile nucléaire dès le 2 juin
* Le drone, seul absent de la vague estivale
* Après l’abandon du SCAF, plus de plan de secours
* 3,5 milliards émiratis manquants dans l’enveloppe
* 47 appareils à livrer, export bloqué jusqu’en 2035
Dassault Aviation, Thales, MBDA France et Safran Aircraft Engines ont reçu cet été les commandes qui doivent transformer le Rafale. La Direction générale de l’armement, l’agence du ministère des Armées chargée d’acheter les équipements militaires français, l’a indiqué début septembre 2026 lors de son point presse hebdomadaire. Elle a notifié ces marchés, c’est-à-dire qu’elle les a signés et rendus exécutoires pour les entreprises.
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Ces marchés forment la deuxième étape contractuelle du standard F5, c’est-à-dire de la prochaine version du Rafale. La première étape avait été notifiée en octobre 2024 sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier, en Haute-Marne, lors d’une visite de Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées. Elle portait notamment sur le drone de combat qui doit accompagner l’avion.
Les contrats de l’été doivent permettre le lancement en réalisation du F5 d’ici la fin de l’année 2026. Ce jalon marque le moment où un programme quitte le stade des études pour entrer en développement industriel ferme, avec un contenu technique figé et des dates de livraison que l’État peut opposer aux entreprises. Tant qu’il n’est pas franchi, la DGA garde la main sur le périmètre du standard.
Le Rafale a déjà connu plusieurs séquences de ce type depuis son entrée en service dans la Marine nationale en 2004. Le standard F3-R, qualifié en 2018, lui a apporté le missile air-air longue portée Meteor. Le F4, notifié en 2019, est livré par tranches successives depuis 2023.
Comme à son habitude, la DGA n’a communiqué aucun montant. Ni le total de la vague estivale, ni sa répartition entre les quatre industriels, ni la part relevant du développement et celle relevant de la fabrication ne sont publics. L’enveloppe de développement du F5 a été estimée à **5 milliards d’euros**.
### Ce que ces commandes doivent produire
Auditionné au Sénat en mai 2026, le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, a été clair : _« le standard F5 est un jalon essentiel pour nous. C’est un nouvel avion, on aurait même dû l’appeler autrement ! »_.
Les marchés notifiés cet été financent ce que les militaires appellent une rénovation à mi-vie, une refonte lourde d’appareils déjà en service, ici ceux de l’armée de l’Air et de l’Espace comme ceux de la Marine nationale. Deux domaines la structurent. Le combat collaboratif d’abord, qui consiste à faire travailler l’avion en réseau avec d’autres appareils, pilotés ou non, en partageant en temps réel ce que chacun détecte. La guerre électronique ensuite, c’est-à-dire la capacité à repérer les radars et les missiles adverses, à les brouiller, et à éviter d’être soi-même repéré.
Trois éléments entièrement nouveaux portent cette transformation. Une intelligence artificielle embarquée doit trier à bord un volume d’informations que le pilote ne peut plus exploiter seul. Vient ensuite le drone de combat associé, destiné aux missions les plus exposées. Le troisième est un missile nucléaire hypersonique, appelé à remplacer l’arme actuelle de la dissuasion aéroportée.
Les commandes de l’été financent le premier de ces trois éléments, à travers les calculateurs achetés à Thales. Elles ne financent ni le deuxième, resté au stade des études, ni le troisième, acheté séparément quelques semaines plus tôt. Le reste de la vague estivale porte sur le remplacement d’équipements existants, radar, moteur et autoprotection, que la DGA achète en versions plus performantes.
## Thales décroche le radar au nitrure de gallium
Responsable des systèmes du Rafale, Thales s’est vu confier la fourniture du radar RBE2-XG. Ses composants d’émission seront fabriqués en nitrure de gallium, un matériau qui remplace l’arséniure de gallium utilisé sur la version en service. Le nitrure de gallium supporte des puissances et des températures plus élevées à taille d’antenne identique, ce qui doit donner au RBE2-XG une capacité de détection supérieure d’environ **70 %** à celle du radar actuel. La DGA ne précise pas si ce chiffre porte sur la distance de détection, sur la taille des cibles repérables ou sur le nombre de cibles suivies simultanément.
Les capacités de calcul du radar _« seront également renforcées pour augmenter l’intégration de l’intelligence artificielle »_ , a précisé la DGA. L’IA entre donc dans l’avion par le calculateur du nez, là où sont triés les échos radar et où se décide ce qui est signalé au pilote.
Le même industriel a reçu commande de l’Inter-Vehicle Data Link, l’IVDL, un système de communication conçu pour résister au brouillage. La liaison utilisée aujourd’hui par le Rafale, la Liaison 16, est partagée avec l’ensemble des forces de l’Otan et n’a pas été prévue pour échanger de gros volumes de données face à un adversaire qui cherche à couper les communications. Sans IVDL, l’avion ne peut ni piloter son drone d’accompagnement, ni transmettre ce qu’il détecte aux autres appareils de la patrouille.
## SPECTRA confié à Thales et MBDA, en numérique
Sur le volet guerre électronique, la DGA a associé Thales et le missilier MBDA France pour la nouvelle version du système SPECTRA, qui détecte les menaces et les brouille. La détection basculera vers un traitement entièrement numérique.
SPECTRA équipe le Rafale depuis les premiers exemplaires de série. Il surveille en permanence les ondes radar et les sources de chaleur tout autour de l’appareil, sur 360 degrés, et déclenche seul les contre-mesures lorsqu’un missile est tiré. Sa conception a toujours reposé sur un attelage entre Thales pour l’électronique et le pôle missilier français pour les leurres. Le contrat de l’été reconduit ce partage.
Le passage au tout-numérique déplace le moment où le signal capté est converti en données informatiques. Plus cette conversion intervient tôt, plus le système peut analyser d’émissions à la fois et distinguer les signaux modernes, conçus pour ressembler à du bruit de fond.
## Safran obtient le moteur, Dassault émet des doutes
Safran Aircraft Engines a obtenu, dans la même vague, la conception préliminaire du M88 T-REX, une évolution du moteur qui équipe le Rafale depuis l’origine. Les recherches préparatoires ont été menées avec l’Onera, l’office national d’études et de recherches aérospatiales.
_« Le but est de passer de 7,5 à 9,5 tonnes de poussée »_ , a précisé Emmanuel Chiva, alors Délégué général pour l’armement. La poussée mesure la force développée par le moteur, et donc la charge que l’avion peut emporter au décollage. Le gain atteint environ **27 %**. Il conditionne aussi la production d’électricité à bord, très sollicitée par le nouveau radar et par la nouvelle autoprotection.
Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a exprimé publiquement des réserves sur la faisabilité technique et le calendrier de ce moteur. Le constructeur qui devra installer l’équipement doute donc de sa disponibilité, alors que l’État vient de le commander. Le contrat signé avec Safran ne porte d’ailleurs que sur la conception préliminaire, une phase d’avant-projet, quand le lancement en réalisation du standard est annoncé pour la fin de l’année.
## Toutes les commandes finissent chez Dassault
Les équipements commandés cet été convergeront tous vers Dassault Aviation, chargé de les intégrer à la cellule du Rafale, c’est-à-dire à la structure même de l’avion. Ce rôle de maître d’œuvre fait de l’avionneur le responsable unique du résultat final devant l’État.
Il a par ailleurs reçu une commande en propre, portant sur des centrales inertielles à gyroscope hémisphérique résonnant, dites HRG. Ces boîtiers calculent la position de l’appareil à partir de ses seuls mouvements, sans recevoir aucun signal extérieur. Leur précision se dégrade au fil des heures de vol, et cet écart détermine la justesse de la navigation comme celle des frappes lorsque le GPS est brouillé. Les armées occidentales ont documenté depuis 2022, sur le théâtre ukrainien, des brouillages satellitaires permanents s’étendant sur plusieurs centaines de kilomètres.
La DGA a donc signé en parallèle avec quatre entreprises. Dassault Aviation devra faire fonctionner ensemble le radar de Thales, le moteur de Safran et l’autoprotection développée avec MBDA, dans un calendrier unique, en assumant seul les retards de ses fournisseurs.
## MBDA a signé le missile nucléaire dès le 2 juin
Quelques semaines avant la vague estivale, le 2 juin, la DGA avait notifié à MBDA le développement de l’ASN4G, pour Air-Sol Nucléaire de 4e génération. Ce marché relève d’une procédure distincte, mais l’arme ne pourra être emportée par aucun autre appareil que le Rafale F5.
Le missile sera propulsé par un statoréacteur, un moteur sans pièce mobile qui utilise sa propre vitesse pour comprimer l’air, et qui doit donc être lancé par une fusée d’appoint avant de fonctionner. La vitesse annoncée dépasse Mach 6, soit plus de 7 000 kilomètres-heure, et la portée 1 000 kilomètres. L’ASN4G remplacera l’ASMP-A rénové, aujourd’hui emporté par les Rafale des Forces aériennes stratégiques.
Le futur missile sera tiré depuis des avions basés à terre comme depuis ceux embarqués sur le porte-avions. La France maintient deux composantes nucléaires, l’une sous-marine et l’autre aéroportée ; l’ASN4G renouvelle la seconde. Sa mise en service est prévue à l’horizon 2035, la date la plus tardive du calendrier du F5. Un retard de l’avion retarderait donc l’arme.
## Le drone, seul absent de la vague estivale
Le drone de combat destiné à accompagner le Rafale F5 n’a fait l’objet, à ce jour, que du contrat d’octobre 2024 notifié à Dassault Aviation, Thales et Safran. Ce marché ne finance pas la fabrication de l’appareil, seulement des travaux destinés à vérifier ce qui est techniquement atteignable. Aucune commande de développement ne lui a été attribuée cet été. Le futur drone doit dériver du nEUROn, un prototype expérimental qui a volé pour la première fois en décembre 2012.
Les militaires décrivent un appareil lourd, difficile à détecter au radar, capable de transporter ses armes à l’intérieur du fuselage plutôt que sous les ailes, et conservant un pilote humain dans la décision de tir. Il devrait ouvrir la voie aux avions pilotés en pénétrant le premier dans un espace aérien défendu, mener des combats aériens et détruire les batteries de missiles sol-air adverses. Le Rafale F5 superviserait la mission à distance, en restant hors de leur portée.
Cet été, au moment même où elle signait les marchés du radar, du moteur et de l’autoprotection, la DGA interrogeait encore les industriels sur ce drone au moyen d’une demande d’informations. Cette procédure sert à recueillir ce que les entreprises estiment pouvoir faire, avant même d’écrire le cahier des charges, et n’engage personne. L’un des trois éléments nouveaux du standard reste donc hors contrat à quelques mois du lancement en réalisation.
### Après l’abandon du SCAF, plus de plan de secours
Les marchés notifiés cet été n’ont plus de programme concurrent. Le SCAF, pour Système de combat aérien du futur, lancé avec l’Allemagne puis l’Espagne pour produire vers 2040 le successeur du Rafale et de l’Eurofighter, a été abandonné au printemps dernier.
Éric Trappier a situé mi-juillet la rupture juridique du volet franco-allemand, soit la période même où la DGA passait ses commandes F5. Berlin et Paris s’opposaient depuis des années sur la répartition des responsabilités entre Dassault Aviation et Airbus.
Un successeur conçu par la France seule n’est plus espéré qu’entre 2040 et 2045. Pendant une quinzaine d’années, les contrats signés cet été constitueront la totalité de l’effort français en matière d’avion de combat.
## 3,5 milliards émiratis manquants dans l’enveloppe
Ces commandes sont payées par le seul budget français. _La Tribune_ a rapporté début avriil le retrait du cofinancement émirien, initialement prévu à hauteur de **3,5 milliards d’euros** sur une enveloppe de développement estimée à **5 milliards**. Les Émirats arabes unis devaient donc en financer près des trois quarts.
Ils se seraient désengagés après une rencontre tendue entre Emmanuel Macron et Mohammed bin Zayed Al Nahyan fin décembre 2025, Paris ayant refusé de leur transmettre certaines technologies sensibles, notamment dans les capteurs optiques et infrarouges. Interrogé le 26 août, Éric Trappier a confirmé qu’aucun partenaire étranger ne participait au développement du F5 à cette date, et a écarté toute reprise des discussions avec Abou Dhabi.
La Loi de programmation militaire 2024-2030 actualisée, promulguée le 16 août 2026, ajoute **36 milliards d’euros** à l’effort de défense d’ici 2030 et porte le total à **449 milliards**. L’aviation de combat y reçoit **3,4 milliards**. Ni le ministère des Armées ni la DGA n’ont expliqué comment cette somme se rapporte aux **5 milliards** du développement du F5, ni sur quelles années elle se répartit.
Un premier arbitrage a été rendu au détriment du calendrier. Vingt Rafale attendus en 2031-2032 seront livrés en 2033-2034, afin de sortir d’usine directement au standard F5, sans avoir à repasser en atelier deux ans plus tard.
## 47 appareils à livrer, export bloqué jusqu’en 2035
La qualification et la mise en service des Rafale F5 sont attendues entre 2033 et 2035. Éric Trappier a confirmé cette fourchette à plusieurs reprises, notamment le 26 août 2026.
La LPM actualisée fixe à 47 le nombre de Rafale F5 devant être livrés à l’armée de l’Air et de l’Espace et à la Marine nationale d’ici cette échéance. Le texte ne dit pas quelle part correspond à des avions neufs et quelle part à des appareils déjà en service ramenés au nouveau standard. Les Forces aériennes stratégiques seront servies en premier, en cohérence avec l’arrivée de l’ASN4G à la même date.
Dassault Aviation n’envisage pas de proposer le F5 à l’exportation avant 2035.